Marie-Élène Chrétien

AvantAprèsÂge : 39
Ville : St-Léon Le Grand

Poids éliminé : 120 lbs
Maintien depuis : 15 décembre 1999

Selon mes souvenirs, même ceux les plus lointains, j'étais une « belle grosse fille ». Inutile de vous dire que j'ai grandi dans tous les sens du mot… Lorsque j'étais enfant, on me répétait souvent : « Tu vides ton assiette, sinon tu ne sors pas de table et tu n'as pas de dessert! »

Quand on grandit avec un surplus de poids, les récréations à l'école constituent de vraies corvées et les cours d'éducation physique sont pénibles! Non seulement les enfants sont méchants, mais les enseignants le sont également! Aux études primaires, une « gentille enseignante » m'a souvent traitée de « grosse insignifiante », tandis qu'une autre m'interdisait de jouer à l'élastique (jeu de corde à danser) en me disant : « Tu es trop grosse; une grosse ne fait pas des jeux de ce genre voyons! Viens plutôt marcher dans la cour avec nous! » Pour continuer à jouer, je devais donc le faire en cachette!

J'ai grandi en détestant mon corps; il devenait ma corde sensible. Au cours des querelles d'enfants, je n'étais jamais celle qui avait le dernier mot. C'était plutôt celui ou celle qui prononçait le mot magique « grosse ». Forcément, plus je devenais grosse, plus je m'isolais. La nourriture constituait mon seul désennui. J'avais bien des copains, mais j'avais appris très jeune que les gens ne sont pas toujours dignes de confiance, alors que la nourriture me réconfortait, ne me trahissait jamais. Je passais donc beaucoup de temps en sa compagnie!

Comme toute personne ayant vécu un problème de poids, j'ai vite appris qu'il fallait être gentille… Cela m'a amenée à me forger une autre identité, à cacher l'être sensible qui est en moi. Ne plus entendre les choses qui me faisaient mal est alors devenu essentiel à ma survie. J'en étais même venue à croire que cela ne me touchait plus. Je m'acceptais telle que j'étais : « Qu'ils aillent au diable, ils n'ont qu'à regarder ailleurs s'ils ne sont pas satisfaits! » Le mal était tout de même là, et je devais avancer. Les années ont passé et avec elles la méfiance s'est installée. Je vivais pour moi, je ne comptais sur personne. C'était lourd, mais pas question d'en parler. J'étais faite de béton, du moins je me tuais à le faire croire aux autres… et à moi.

À la fin de mes études, j'ai fait la rencontre de l'homme de ma vie. Pour la première fois, j'ai pu voir dans les yeux et dans le cœur de quelqu'un que j'étais belle… malgré mon surplus de poids! Cela fait maintenant 16 ans que je suis aux côtés de cet homme. Jean-Marie m'aime pour ce que je suis. Nous avons la joie d'avoir un beau garçon. À la venue de Dominic, des choses en moi se sont transformées : je voulais vivre avec cet enfant, jouer par terre, jouer dehors. Je voulais qu'il soit heureux et fier de sa famille. J'ai alors compris que je devais d'abord être heureuse et fière de moi.

J'avais déjà fait des tentatives pour perdre du poids, mais sans succès. Lorsque j'ai commencé le programme Nutri-Système, je pesais 280 lb : quel défi pour moi et quel beau bénéfice pour eux! Je voulais perdre 100 lb en 10 mois… je n'y suis jamais arrivée. La compagnie a failli, et moi aussi. J'ai repris mon poids aussi vite que je l'avais perdu. J'ai donc décidé de consulter une psychologue. Je me rappelle très bien de notre dernière rencontre où elle m'a dit : « Marie-Élène, tu contrôles tant de choses autour de toi, mais tu n'arrives pas à contrôler la nourriture! Tu mets beaucoup d'efforts à tout contrôler, mais il ne te reste plus d'énergie lorsque vient le moment de contrôler ce qui entre en toi. » Je pense que si j'avais eu des fusils à la place des yeux, elle ne serait plus de ce monde. Je lui en ai terriblement voulu et elle ne m'a jamais revue!

Entre-temps, j'avais fait la connaissance d'une femme de 15 ans mon aînée qui, elle aussi, vivait un problème de poids. Monique est une femme pleine de spontanéité et de joie! Avec elle, je laissais un peu de mon « vrai moi » s'exprimer; juste un peu, mais ce petit pas m'a permis de voir le jour! Un lundi de janvier 1997, elle m'a téléphonée pour m'annoncer que Minçavi ouvrait ses portes chez nous et qu'elle voulait que nous y allions. « Non, non et non, je ne commence pas quelque chose que je ne pourrai pas terminer. Vas-y si tu veux, mais sans moi. » Elle y est allée. À son retour, elle est venue me voir : elle était emballée! Au cours de la semaine, elle ne cessait de me dire comment elle se sentait déjà bien, alors que, moi, je ne cessais de l'envier! Puis, le lundi suivant, je l'ai appelée et lui ai dit : « Viens me chercher. J'ai été rongée par la jalousie toute la semaine! » Ma jalousie m'a poussée à me relever les manches… Je me suis inscrite au programme et j'ai acheté tous les livres pour être bien outillée. Mon poids d'alors : 288 belles livres!

Lors de ma première pesée, je m'attendais à ce que la conférencière m'annonce que j'avais perdu 10 lb tant je me sentais bien. Mais je n'avais éliminé que 1,5 lb!!! « Vais-je passer ma vie ici? » Mon moral en a pris un coup… ce n'est pas ce soir-là que j'ai annoncé mon nouveau défi à mon conjoint. Mon amoureux, qui travaille à l'extérieur, est alors parti pour une période de deux mois et demi, sans rien savoir de ma nouvelle aventure. Au cours de cette semaine-là, j'étais découragée. J'ai ouvert le garde-manger et y ai sorti une livre de graisse Crisco, que j'ai mise dans un petit sac de plastique. J'ai gardé ce sac avec moi toute la semaine. Quelquefois, je le mettais sous mon chandail pour voir la bosse qu'il y aurait si je reprenais cette livre. Cette livre de graisse végétale m'a aidée à tenir le coup! Les semaines ont passé. Un bel après-midi d'avril, je suis allée chercher mon conjoint à l'aéroport. C'est à ce moment qu'il a appris que je suivais le programme Minçavi; j'avais déjà perdu 38 lb! Morale de cette histoire : il n'est pas nécessaire de partir en lion, il suffit de persévérer sur la bonne voie.

J'ai eu des hauts, des bas, des doutes, des certitudes, des joies et des larmes aussi! Les fameuses paroles de la psychologue ont également refait surface; j'ai alors saisi ce qu'elle avait voulu dire cinq années auparavant. Si elle avait été tout près à cet instant, je l'aurais embrassée au lieu de la foudroyer des yeux. La vérité choque. J'ai alors compris que pour faire le ménage de son extérieur, il faut aussi faire le grand ménage dans sa tête. Si je suis allergique à la poussière et que je la cache sous le tapis, cela ne m'empêchera pas d'éternuer. Si l'on doit accomplir un travail, il vaut mieux le faire adéquatement; cela prendra le temps qu'il faudra.

Des amies proches étaient également près de moi; pas question de rester seule. J'ai donc dû réapprendre à faire confiance. Je devais faire part de mes bons coups, mais aussi des moins bons. Je devais mettre de côté mon orgueil et demander de l'aide quand j'en avais besoin. Ouf! ce n'était pas facile. Avouer mes difficultés a constitué le premier pas pour les surmonter. Pour y arriver, j'ai dû me faire violence pour abattre l'immense mur qui m'entourait depuis tant d'années.

Je me souviens très bien d'un certain souper de famille. Au menu : pizza. À cette époque, j'avais éliminé 70 lb. Je mangeais du poisson, mais j'en avais assez du poisson! J'en mangeais tout de même trois fois par semaine pour suivre adéquatement mon programme. Je vous le jure, je pleurais dans mon assiette! J'ai tout laissé en plan et appelé ma grande amie pour lui dire que je laissais tout tomber! Elle m'a répondu : « Mais, Marie-Élène, mange du poisson quand ça te tente!!! » Cette petite phrase m'a permis de poursuivre ma route. J'ai alors compris que pour persévérer, il me fallait adapter le programme à mes humeurs, tout en gardant mon bon jugement. Satisfaire mes goûts de pizza? Pourquoi pas? Tout est possible si l'on respecte les quantités. Je venais de faire un nouveau pas, d'ouvrir une nouvelle fenêtre, comme cela m'arrive encore aujourd'hui. Certaines personnes qui se présentent sur notre route ont un rôle important dans notre vie. Il faut apprendre à donner et à recevoir.

Le 15 décembre de cette année-là, j'ai reçu mon carnet rose : j'étais allée au bout de mon rêve; j'avais perdu 120 lb, j'étais « Membre à Vie »! J'occupais alors le poste de préposée à l'accueil. J'en ai retiré beaucoup : le contact avec tous ces gens que je voyais au fil des semaines, les échanges chaleureux et la chance d'offrir en toute simplicité mon soutien à ceux qui vivaient ce que j'avais vécu. Je me suis fait dire de belles choses aussi! Une perte de poids ne se fait pas en criant ciseau: on y rencontre différents obstacles, diverses émotions. Les gens à qui nous apportons de l'aide nous le rendent au centuple.

Tout au long de ma perte de poids, je vivais en société. Je devais faire preuve de vigilance. Les gens qui, jadis, me conseillaient de maigrir ont été les premiers à me dire que j'étais devenue trop maigre, que j'en étais laide, qu'il me fallait cesser tout cela. « Prends-en juste un morceau, laisse donc faire le régime pour aujourd'hui. Ne deviens pas folle avec ça. Tu n'as plus besoin de le suivre maintenant. » À ces gens, j'ai dû dire que j'avais fait mon choix sur le plan de l'alimentation, qu'ils devaient me prendre comme je suis avec mes goûts et mes objectifs s'ils désiraient me côtoyer. Je suis très bien. Je suis « Minçavi et fière de l'être! » Et si je fais des envieux et envieuses, je souhaite que cette jalousie aidera ces personnes à réaliser leur rêve, comme elle a contribué à réaliser le mien.

J'aimerais vous raconter deux petites anecdotes. D'abord, lorsque j'étais conférencière, j'entendais souvent des commentaires tels que « Ce n'est pas toi sur les photos. C'est du trucage, on sait comment fonctionnent les programmes de perte de poids. » Et pourtant, il s'agit bien de moi! La seconde concerne deux dames charmantes, accompagnées de leurs conjoints, qui désiraient de l'information sur le programme. Elles ont demandé à voir des photos de moi avant ma perte de poids. En leur montrant mes photographies, l'une d'elles m'a dit :

« Ah! mon Dieu! Mais c'est terrible, tu devais avoir de la difficulté à te faire un chum!

– Je suis avec mon chum depuis belle lurette, il m'a connue avec ce surplus de poids.

– Ah! Il faut croire qu'il y a des hommes qui aiment les grosses! »

Il fut un temps où un commentaire comme celui-là m'aurait fait très mal, mais j'en ai ri et je leur ai dit : « Mais quel sorte de jugement portez-vous sur les grosses personnes? Quoi qu'il en soit, le besoin d'aimer et d'être aimé d'un être humain n'a rien à voir avec son poids ou son apparence. » En guise de réponse, j'ai eu droit à deux beaux sourires qui semblaient vouloir dire « Mais qu'est-ce que je viens de dire là! » Et le reste de la conversation s'est passé dans les rires. Avant, je me serais exprimée avec rage et haine, mais maintenant je suis beaucoup plus sereine.

Pendant des années, j'ai porté une personne de 120 lb remplie de rancœur, de haine, de méfiance, de rage, de colère, de ressentiment, une personne qui ne s'aimait pas et qui nuisait à l'évolution de l'autre… qui en pesait 168. Il ne faut laisser personne nous empêcher d'évoluer, d'être heureux ou heureuse, d'accéder au bonheur. Il fallait qu'elle disparaisse et que, une bonne fois pour toutes, je choisisse ce qui était bon pour moi sans qu'elle n'ait un mot à dire, sans l'entendre me répéter : « C'est moi ta meilleure amie. Tu le sais bien, je suis la seule sur qui tu peux compter. » Mais MA MEILLEURE AMIE, C'ÉTAIT ET C'EST ENCORE MOI! Ces 120 lb m'empêchaient d'être moi-même. À mes yeux, perdre du poids s'imposait, et cela s'est avéré très bénéfique. À mesure que ces 120 lb disparaissaient, je découvrais joie de vivre, assurance, confiance en moi et en autrui, plaisir à vivre avec moi et les gens qui m'entouraient, amour de moi et des autres. Une multitude de sentiments que je ne m'étais jamais donné le droit de vivre!

À Minçavi, nous sommes en croisière à vie, avec notre bagage. En route, rien ne nous empêche de jeter par dessus bord les choses qui ne nous sont pas utiles ou de nous procurer du matériel dont nous avons besoin. L'humain étant de nature curieuse, nous pouvons descendre du bateau si nous le voulons. Mais nous devons nous rappeler l'importance de ne pas abandonner le navire, car il nous mènera à bon port. Donnez-vous toutes les chances pour connaître un mieux-être et ressentir une belle fierté. Vous ferez le plus merveilleux des voyages qui, certes, comportera certaines embûches, mais qui sera tellement enrichissant et valorisant.

Bonne route à tous et à toutes!

Marie-Élène Chrétien

 

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